Le Contrat de Location au Maroc : Guide Juridique Exhaustif pour Bailleurs et Locataires (Lois 67-12 et 49-16)

Le contrat de location est un élément essentiel qui définit les obligations et les droits des bailleurs et des locataires au Maroc, assurant une transaction sécurisée et équitable. Comprendre les aspects juridiques de la location est crucial pour éviter les litiges.

Le secteur de la location est un pilier de la vie sociale et économique au Maroc. Pour structurer ces rapports contractuels et garantir un équilibre des droits, le législateur a mis en place un cadre juridique moderne.

Les points clés à retenir sont :

  • Comprendre les obligations des bailleurs et des locataires.
  • Connaître les lois régissant le contrat de location.
  • Importance de la rédaction d’un contrat clair et détaillé.
  • Rôle du droit immobilier dans la résolution des litiges.
  • Avantages d’un contrat de location bien établi.

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Partie 1 : Le Cadre Légal et les Fondements du Contrat

Le droit immobilier marocain est encadré par un ensemble de textes législatifs et réglementaires.

1.1. Les Lois Fondamentales

Deux textes de loi fondamentaux régissent le droit du bail :

  1. Loi n° 67-12 : Concerne les locaux à usage d’habitation ou professionnel. Elle constitue le fondement juridique des relations entre bailleurs et locataires et traite du loyer, des charges locatives, et des réparations.
  2. Loi n° 49-16 : Concerne les baux commerciaux, industriels ou artisanaux.

Le cadre juridique est complété par des dahirs, décrets d’application, et la jurisprudence marocaine qui éclaire les zones grises du droit locatif.

1.2. L’Impératif du Contrat Écrit et l’État des Lieux

La législation moderne a mis fin aux accords verbaux, imposant une formalisation écrite pour la sécurité juridique des parties.

L’Exigence d’un Écrit à Date Certaine

L’article 3 de la loi n° 67-12 impose que tout contrat de location soit établi par un « écrit à date certaine ». Un accord verbal n’a pas de force probante devant un tribunal, rendant difficile la preuve des termes en cas de litige.

Un contrat conforme doit obligatoirement contenir :

  • L’identification complète des parties : Noms, prénoms, numéros de CINE, professions et domiciles du bailleur et du locataire.
  • La description précise du bien loué : Adresse exacte, composition (nombre de pièces), dépendances (cave, garage) et équipements privatifs mis à disposition.
  • La destination du bien : Spécification de l’usage (habitation, professionnel, ou commercial).
  • Les conditions financières : Montant et périodicité du loyer, montant des charges locatives et modalités de règlement.
  • La durée du contrat et les conditions de résiliation.

Le Dépôt de Garantie (Caution)

La caution est destinée à couvrir les éventuels impayés ou dégradations.

  • Montant légal : L’article 20 de la loi 67-12 précise que le montant de la caution ne peut excéder deux mois de loyer.
  • Restitution : Elle doit être restituée dans un délai maximal d’un mois après la restitution des lieux.
  • Garantie : La meilleure garantie pour le locataire est l’état des lieux de sortie, comparé à l’état des lieux d’entrée. Le locataire doit également être à jour de tous ses paiements.

L’État des Lieux

L’Article 7 de la loi 67-12 exige l’établissement d’un « état des lieux » descriptif à l’entrée et à la sortie du locataire. Ce document joint au contrat est capital.

  • Rôle : Il permet au locataire de prouver que les dégradations existantes à son arrivée ne lui sont pas imputables.
  • Absence : En l’absence d’état des lieux, l’article 8 instaure une présomption : le locataire est présumé avoir reçu le bien « en bon état d’usage ».

Note pratique : Étant donné la complexité des litiges locatifs (expulsion, loyers impayés), il est fortement recommandé de solliciter l’assistance de professionnels du droit. Le Cabinet de Me Amal Anouide accompagne ses clients dans les procédures judiciaires liées au Droit Immobilier.

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Partie 2 : Le Bail d’Habitation ou Professionnel (Loi n° 67-12)

Cette loi régit la location à usage d’habitation, soumise à des règles protectrices pour le locataire (sécurité et salubrité), ainsi que la location à usage professionnel.

2.1. Obligations du Bailleur (Propriétaire)

Le propriétaire doit être conscient de ses responsabilités légales.

Obligations

Droits

Délivrance et Entretien (Articles 5 et 10) : Le bailleur doit délivrer un logement décent et effectuer toutes les réparations majeures (structurelles, toiture, humidité) nécessaires au maintien en bon état.

Droit de visite et d’inspection : Le propriétaire a le droit de visiter le bien pour vérifier son état, mais doit respecter la jouissance paisible et généralement donner un préavis raisonnable.

Garantie de jouissance paisible (Article 9) : Garantir le locataire contre les troubles provenant de son fait ou de celui de tiers.

Révision du loyer : Peut ajuster le loyer sous certaines conditions.

Respect des normes légales.

Garanties légales : Peut exercer des garanties légales (ex: dépôt de garantie).

Action en cas de manquement du bailleur : Si le bailleur refuse de réaliser des réparations importantes (fuite d’eau, problème électrique majeur), le locataire doit le mettre en demeure. S’il n’obtempère pas, le locataire peut saisir le président du tribunal en référé pour être autorisé à réaliser les travaux lui-même et à déduire leur coût des loyers futurs sur présentation des factures.

2.2. Obligations du Locataire

Le locataire joue un rôle crucial dans le maintien de la propriété et le respect des termes du contrat.

  • Paiement du loyer et des charges (Article 12) : Obligation principale. Le locataire est responsable du règlement des charges de copropriété et autres frais aux échéances convenues.
  • Usage et Entretien (Articles 14 et 19) : Le locataire doit user du bien « raisonnablement ». Il prend en charge l’entretien courant et les réparations locatives (joints, interrupteurs, petites réparations).
  • Sous-location et cession (Article 39) : Pour un local d’habitation, la sous-location ou la cession du bail est interdite sans l’accord écrit et exprès du bailleur. La sous-location non autorisée (y compris via plateformes en ligne) est une violation grave justifiant la résiliation et l’expulsion du locataire principal.

2.3. La Révision du Loyer

La loi encadre strictement la révision pour éviter les augmentations arbitraires.

  • Périodicité : La révision ne peut intervenir qu’après trois ans à compter de la date du contrat ou de la dernière révision (Article 32).
  • Plafonds (Article 34) : L’augmentation est plafonnée à 8 % pour les locaux d’habitation et 10 % pour les locaux professionnels.
  • Exception (Article 35) : Pour les loyers inférieurs à 400 dirhams par mois, le juge peut déroger au plafond, sans toutefois dépasser 50 % d’augmentation.
  • Procédure : La révision n’est pas automatique. Le bailleur doit notifier le locataire de sa volonté. Si le locataire refuse, le bailleur doit saisir le tribunal pour faire fixer le nouveau loyer par le juge.

Partie 3 : Le Bail Commercial, Industriel ou Artisanal (Loi n° 49-16)

Cette loi vise principalement à protéger le fonds de commerce du locataire, considéré comme une valeur économique.

3.1. Droit au Renouvellement et Indemnité d’Éviction

  • Droit au Renouvellement : Après deux années consécutives d’exploitation du fonds de commerce, le locataire acquiert un droit quasi-automatique au renouvellement de son bail (Article 4).
  • Indemnité d’Éviction : Si le bailleur refuse de renouveler le bail sans motif grave reconnu par la loi, il doit verser au locataire une « indemnité d’éviction » (Article 7). Cette indemnité est cruciale et doit couvrir l’intégralité du préjudice, incluant :
    • La valeur marchande du fonds de commerce.
    • Les frais de déménagement et de réinstallation.
    • Les éventuelles indemnités de licenciement du personnel.

3.2. Exceptions à l’Indemnité d’Éviction (Article 8)

Le bailleur est dispensé de payer l’indemnité dans des cas limitativement énumérés, notamment :

  • Le non-paiement du loyer après mise en demeure.
  • L’exploitation d’une activité différente de celle prévue au contrat.
  • La nécessité de démolir un immeuble menaçant ruine.
  • La réalisation de travaux de surélévation, à condition de proposer un local équivalent au locataire.

3.3. Cession du Bail

Contrairement au bail d’habitation, le droit de céder son bail à l’acquéreur de son fonds de commerce est une liberté fondamentale pour le commerçant, et toute clause contraire est réputée nulle.

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Partie 4 : Procédures de Résiliation, Renouvellement et Expulsion

Comprendre ces procédures est essentiel pour les bailleurs et les locataires.

4.1. Fin du Contrat (Loi 67-12)

État du Contrat

Action Requise

Délai de Préavis

Résiliation par le bailleur

Notification écrite, justification par motif légitime

2 mois minimum (ou 3 mois selon les sources)

Résiliation par le locataire

Notification écrite

2 mois

Renouvellement tacite

Aucune action. Intervient si aucune partie ne manifeste l’intention de résilier ou de modifier les termes du contrat.

Non applicable

Motifs légitimes de résiliation par le bailleur : Reprise pour usage personnel, démolition, ou manquement du locataire à ses obligations (non-paiement, violation des clauses contractuelles).

4.2. Procédure d’Expulsion pour Non-Paiement

L’expulsion est soumise à des règles strictes visant à protéger le droit au logement. Le bailleur ne peut pas expulser immédiatement en cas de non-paiement.

Étapes

Description

Durée Indicative

Mise en demeure

Envoi par voie d’huissier, accordant au locataire un délai pour régler sa dette

Au moins 15 jours

Procédure judiciaire

Si non-paiement, saisine du juge des référés pour faire valider le préavis et obtenir une ordonnance d’expulsion

2-6 mois

Exécution de l’expulsion

Application de la décision de justice par les autorités

1-2 mois

4.3. Conséquence de la Vente du Logement

La vente d’un bien loué n’est pas un motif de résiliation du contrat. Le contrat de location se poursuit avec le nouvel acquéreur, qui devient le nouveau bailleur et est tenu de respecter toutes les clauses initiales (« le bail suit la chose »).

Partie 5 : Aspects Fiscaux et Digitalisation

5.1. Fiscalité Applicable

La location immobilière est régie par un cadre fiscal qui nécessite une attention particulière.

  • Impôts sur les Revenus Locatifs : Les revenus locatifs sont soumis à l’impôt sur le revenu (IR). Les bailleurs doivent déclarer ces revenus annuels.
  • Taxe d’Habitation et Taxe de Services Communaux :
    • Taxe d’Habitation : Généralement à la charge du locataire (Taxe annuelle sur l’occupation d’un logement).
    • Taxe de Services Communaux : Peut être à la charge du propriétaire ou du locataire (Taxe pour les services municipaux).
  • Obligations Déclaratives : Les bailleurs sont soumis à des sanctions en cas de non-conformité dans la déclaration de leurs revenus locatifs.

5.2. Digitalisation et Contrats Électroniques

Le Maroc voit une transformation grâce à la digitalisation.

  • Validité Juridique : Les contrats électroniques sont de plus en plus reconnus, à condition de respecter certaines formalités, notamment l’utilisation de signatures électroniques sécurisées.
  • Plateformes de Gestion : Des plateformes facilitent la rédaction des contrats, la gestion des paiements et la communication.
  • Protection des Données : Il est crucial de se conformer à la législation marocaine sur la protection des données personnelles, assurant la confidentialité et la sécurité des informations des parties.

 

Pour obtenir une assistance juridique complète et sécuriser vos démarches locatives ou résoudre des conflits, Me Amal Anouide, avocate inscrite au barreau de Safi avec plus de 13 années d’expérience, intervient dans toutes les villes marocaines, y compris Casablanca, Rabat et Marrakech. Son expertise couvre notamment le Droit Immobilier, incluant les litiges locatifs.

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Foire Aux Questions (FAQ) 

Un contrat de location verbal est-il valable ?

Non. L’article 3 des lois 67-12 et 49-16 rend le contrat écrit obligatoire. Un accord verbal n’a pas de force probante devant un tribunal.

Comment est réglementé le dépôt de garantie ?

Le montant légal ne peut excéder deux mois de loyer. Le bailleur est tenu de le restituer dans un délai maximal d’un mois si aucune dégradation n’est constatée.

Comment résoudre les conflits et litiges ?

Les litiges locatifs sont traités par les tribunaux de première instance. La médiation est une alternative possible. Pour ces litiges (expulsion, loyers impayés), le cabinet de Me Amal Anouide offre son expertise en Droit Immobilier..

Que se passe-t-il si le bailleur refuse les grosses réparations ?

Le locataire doit le mettre en demeure. S’il n’obtempère pas, le locataire peut saisir le président du tribunal en référé pour être autorisé à réaliser les travaux et déduire les coûts des loyers futurs.

Quels sont les éléments essentiels d’un contrat valide ?

L’identification des parties, la description précise du bien, la durée, les conditions financières, et les clauses obligatoires selon la loi 67-12.

La vente du logement met-elle fin au bail ?

Non. Le contrat se poursuit avec le nouvel acquéreur, qui est tenu de respecter les clauses du bail initial.

Quelle est la différence fondamentale entre bail commercial et d’habitation ?

Le bail d’habitation (67-12) protège le droit au logement. Le bail commercial (49-16) protège le fonds de commerce et accorde un droit au renouvellement et à une indemnité d’éviction.

Je suis MRE ou étranger, puis-je obtenir une assistance ?

Oui. Me Amal Anouide fournit une assistance juridique complète aux ressortissants étrangers (visiteurs, étudiants, investisseurs) pour sécuriser leurs projets et leur séjour. Le cabinet propose un accompagnement à distance pour les MRE concernant notamment la gestion de leurs biens immobiliers au Maroc.

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