
Dans un contexte de mondialisation croissante, les interactions personnelles et commerciales transcendent les frontières, entraînant une augmentation des litiges internationaux. Pour les Marocains Résidant à l’Étranger (MRE) et les ressortissants étrangers ayant des liens avec le Maroc, la reconnaissance et l’exécution d’un jugement obtenu à l’étranger sur le sol marocain est une étape cruciale. Cette procédure, connue sous le nom d’exequatur, est un mécanisme juridique indispensable pour donner force exécutoire à une décision de justice étrangère. Maître Amal Anouide, avocate reconnue au barreau de Safi et intervenant sur l’ensemble du territoire marocain, nous éclaire sur les subtilités de cette procédure essentielle.
Points clés à retenir :

L’exequatur est la procédure par laquelle une décision de justice, une sentence arbitrale ou un acte authentique émanant d’une autorité étrangère est rendu exécutoire au Maroc. Sans cette « validation » par un tribunal marocain, le jugement étranger reste lettre morte sur le territoire national et ne peut faire l’objet d’aucune mesure d’exécution forcée.
« L’exequatur ne consiste pas à rejuger l’affaire sur le fond », précise Maître Amal Anouide. « Le rôle du juge marocain est de contrôler si la décision étrangère remplit un certain nombre de conditions formelles et de fond, notamment sa compatibilité avec l’ordre public marocain. »
Cette procédure est fondamentale dans de nombreux domaines, particulièrement en matière de :
La procédure d’exequatur au Maroc est principalement encadrée par le droit interne, complété par des conventions internationales.
Les dispositions fondamentales se trouvent dans les articles 430, 431 et 432 du Code de Procédure Civile (CPC) marocain. Ces articles constituent le régime de droit commun et définissent les conditions et la procédure à suivre.
L’article 430 du CPC stipule clairement que les décisions de justice étrangères ne sont exécutoires au Maroc qu’après avoir été revêtues de l’exequatur.
Pour les affaires familiales, l’article 128 du Code de la Famille (Moudawana) ajoute des conditions spécifiques, notamment pour les jugements de divorce, de répudiation (Talaq), de divorce judiciaire (Tatliq), de divorce par consentement mutuel (Khôl) ou de résiliation de mariage.
Le Maroc a ratifié de nombreuses conventions bilatérales et multilatérales qui simplifient la procédure d’exequatur avec les pays signataires. Parmi les plus importantes, on peut citer :
Le tableau ci-dessous synthétise les principales sources juridiques.
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Source du Droit |
Textes de Référence Principaux |
Description |
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Droit Interne |
Code de Procédure Civile (Art. 430-432) Code de la Famille (Art. 128) |
Socle de la procédure. Définit les conditions générales et la compétence. L’article 128 ajoute des spécificités pour les jugements de divorce. |
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Conventions Internationales |
Convention franco-marocaine (1957/1981) Convention de La Haye (1996) Convention de Riyad Autres conventions bilatérales (Espagne, Belgique, etc.) |
Simplifient la procédure avec les pays signataires. Elles priment sur le droit interne et peuvent prévoir des formalités allégées. |
« Il est crucial de vérifier l’existence d’une convention entre le Maroc et le pays où le jugement a été rendu, car celle-ci peut prévoir des dispositions plus favorables ou une procédure allégée », souligne Maître Anouide.
Obtenir l’exequatur d’un jugement étranger au Maroc suit un cheminement procédural précis. Le tableau suivant détaille les étapes à suivre.
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Étape |
Action Requise |
Intervenant(s) Principal(aux) |
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1. Constitution du Dossier |
Rassembler les documents originaux : jugement, preuve de notification, et certificat de non-recours. |
Le demandeur / Son avocat |
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2. Traduction Assermentée |
Faire traduire l’intégralité des documents en langue arabe par un traducteur agréé au Maroc. |
Traducteur assermenté |
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3. Dépôt de la Requête |
L’avocat dépose une requête en exequatur, accompagnée de tout le dossier, auprès du Tribunal de Première Instance compétent. |
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4. Examen par le Tribunal |
Le juge analyse le dossier pour vérifier que toutes les conditions de forme et de fond sont respectées. |
Juge du Tribunal de Première Instance |
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5. Ordonnance d’Exequatur |
Si les conditions sont remplies, le juge rend une ordonnance accordant l’exequatur. |
Juge du Tribunal de Première Instance |
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6. Exécution du Jugement |
Une fois l’ordonnance obtenue, le jugement étranger devient exécutoire et peut être mis en application (transcription, saisie, etc.). |
Huissier de justice, Administrations |
Conformément à l’article 431 du CPC, un dossier bien préparé est la clé d’une procédure rapide. « La moindre pièce manquante ou une traduction non conforme peut entraîner un retard considérable, voire le rejet de la demande », insiste Maître Anouide.
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Document Requis |
Description Détaillée |
Conseil Pratique de Maître Anouide |
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1. Expédition authentique du jugement |
Il s’agit de la copie originale et certifiée conforme de la décision étrangère. |
« Assurez-vous que la copie est lisible, complète et porte tous les sceaux nécessaires. » |
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2. Original de l’acte de notification |
C’est la preuve que la décision a été officiellement communiquée à la partie adverse. |
« C’est un point crucial pour prouver que les droits de la défense ont été respectés. » |
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3. Certificat de non-recours |
Document du greffe étranger attestant que le jugement est final (non susceptible d’appel, opposition ou cassation). |
« Ce document est fondamental. Sans lui, le juge marocain considérera que la décision n’est pas encore définitive. » |
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4. Traduction officielle en arabe |
Traduction de toutes les pièces par un traducteur assermenté inscrit sur les listes des tribunaux marocains. |
« Ne faites pas l’économie d’un traducteur agréé. Une traduction approximative sera systématiquement rejetée. » |
Le juge saisi de la demande d’exequatur ne réexamine pas le fond de l’affaire. Son contrôle, dit « contrôle de régularité », porte sur des points précis.
Pour qu’un jugement étranger soit reconnu, il doit impérativement satisfaire à plusieurs conditions de fond, garantissant son intégration harmonieuse dans l’ordre juridique marocain.
La Compétence de la Juridiction d’Origine
Le juge marocain vérifie que le tribunal étranger qui a rendu la décision était bien compétent pour statuer sur le litige, selon les règles de droit international privé.
Il est impératif que la procédure à l’étranger ait été contradictoire. Le juge s’assure que la partie condamnée a été légalement citée à comparaître et a eu l’opportunité de se défendre.
La Conformité à l’Ordre Public Marocain
C’est la condition la plus importante et la plus délicate. La décision étrangère ne doit contenir aucune disposition contraire à l’ordre public marocain. Cette notion, volontairement large, englobe les principes fondamentaux de la législation, de la morale et des valeurs sociales du Royaume.
Le juge saisi de la demande d’exequatur ne réexamine pas le fond de l’affaire. Son contrôle, dit « contrôle de régularité », porte sur des points précis résumés ci-dessous.
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Condition de Fond |
Ce que le Juge Vérifie |
Importance |
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1. Compétence de la Juridiction d’Origine |
Le tribunal étranger était-il légitime pour juger l’affaire selon les règles de compétence judiciaire internationale ? |
Garantit que la décision n’a pas été rendue par une juridiction manifestement incompétente. |
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2. Respect des Droits de la Défense |
La partie contre laquelle le jugement est invoqué a-t-elle été régulièrement citée et a-t-elle pu se défendre ? |
Condition essentielle pour garantir le principe d’un procès équitable. |
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3. Conformité à l’Ordre Public Marocain |
Le contenu de la décision étrangère ne heurte-t-il pas les principes fondamentaux de la législation marocaine ? |
C’est le filtre principal. Protège les valeurs juridiques, sociales et morales du Royaume. |
Maître Anouide donne un exemple concret : « Un jugement de divorce étranger qui accorderait une pension alimentaire à une ex-épouse pour une durée illimitée pourrait être considéré comme contraire à l’ordre public marocain, qui encadre la pension dans le cadre de la période de viduité (‘Idda’) et de la ‘Mout’a. Dans ce cas, le juge peut accorder un exequatur partiel, reconnaissant le divorce mais refusant d’exécuter la partie relative à la pension telle que formulée. »
La majorité des demandes d’exequatur concerne le droit de la famille, et plus particulièrement les jugements de divorce rendus à l’étranger.
L’article 128 de la Moudawana précise que ces jugements sont susceptibles d’exécution au Maroc s’ils sont fondés sur des motifs qui ne sont pas incompatibles avec ceux prévus par le Code de la famille marocain pour la dissolution du mariage.
Il n’est pas nécessaire que les causes du divorce soient identiques, mais elles ne doivent pas être contradictoires avec les principes du droit marocain. Par exemple, un divorce prononcé pour « altération définitive du lien conjugal » dans un pays européen sera reconnu au Maroc.
La durée de la procédure d’exequatur est variable. Elle peut aller de moins d’un mois à plus d’un an, en fonction de la complexité du dossier, de l’encombrement du tribunal et de l’exercice éventuel des voies de recours. Des propositions de loi ont été récemment discutées pour tenter de réduire ces délais, notamment pour les MRE.
Le jugement accordant ou refusant l’exequatur est susceptible d’appel. L’appel doit être interjeté dans les délais légaux prévus par le Code de procédure civile.
Une fois l’ordonnance d’exequatur obtenue, le jugement étranger acquiert la même force exécutoire qu’un jugement rendu par une juridiction marocaine. Il peut alors être notifié et exécuté par un huissier de justice et permettre, par exemple, la mise à jour des registres de l’état civil en y mentionnant le divorce.
L’exequatur des jugements étrangers au Maroc est une procédure juridique encadrée et essentielle pour garantir la sécurité juridique et la continuité des droits des citoyens dans un monde interconnecté. Bien que les conditions soient strictes, notamment le respect de l’ordre public marocain, la voie est clairement tracée par le législateur et la jurisprudence.
Pour les MRE et les étrangers, anticiper cette démarche et se faire accompagner par un conseil juridique spécialisé est le meilleur moyen d’assurer une reconnaissance rapide et sans heurts de leurs décisions de justice au Maroc », conclut Maître Amal Anouide. L’assistance d’un avocat permet non seulement de s’assurer de la conformité du dossier, mais aussi de naviguer avec sérénité dans les méandres d’une procédure qui, bien que technique, reste un pont indispensable entre les systèmes judiciaires.
L’exequatur est la procédure légale qui permet de reconnaître un jugement rendu par un tribunal étranger et de lui donner force exécutoire au Maroc. Sans cette procédure, une décision de justice étrangère (par exemple, un jugement de divorce ou une décision commerciale) n’a aucune valeur juridique sur le territoire marocain et ne peut pas être appliquée de force.
La procédure d’exequatur s’applique à une large gamme de décisions :
La procédure est principalement régie par :
Le juge marocain vérifie plusieurs points sans rejuger le fond de l’affaire. Les conditions principales sont :
La procédure se déroule en plusieurs étapes :
Le dossier doit impérativement contenir :
Les délais varient considérablement. Une procédure simple peut prendre moins d’un mois, mais si l’affaire est complexe ou en cas de recours, cela peut durer plus d’un an. Pour les jugements de divorce, la durée approximative est souvent d’environ 45 jours si le dossier est complet et sans complication.
Oui, le recours à un avocat inscrit à un barreau marocain est obligatoire pour déposer la requête en exequatur devant le tribunal.
Non, le juge de l’exequatur ne révise pas le jugement sur le fond. Son rôle se limite à un contrôle de régularité. Cependant, il peut accorder un exequatur partiel. Par exemple, il peut reconnaître la dissolution du mariage (le divorce) mais refuser d’exécuter une partie du jugement qui serait contraire à l’ordre public marocain, comme une disposition sur la pension alimentaire non conforme à la loi marocaine.
Une fois le jugement d’exequatur obtenu, la décision étrangère a la même force qu’un jugement marocain. Elle peut être officiellement exécutée au Maroc. Par exemple, un jugement de divorce peut être transcrit sur les registres de l’état civil marocain (acte de mariage et actes de naissance), officialisant ainsi le changement de statut matrimonial des ex-époux.
Nom du cabinet : Cabinet d'avocate Amal Anouide. Elle est inscrite au barreau de Safi.
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